Pas de démocratie sans conflit
André Bellon
Extrait de l’article : La plupart des partis assignent aux élections européennes l’objectif de « réconcilier » le « oui » et le « non ». Mais cette idéologie du consensus n’est-elle pas antinomique de la démocratie, dont l’objet est d’exprimer les conflits qui traversent la société pour les trancher pacifiquement ?
Après avoir pris le temps de lire plusieurs fois cet article, j’ai réfléchi aux questions centrales qu’il mettait en avant et je dois dire que je ne partage pas entièrement la vision que M. Bellon donne des rapports entre démocratie et conflits sociaux. C’est pour cette raison qu’après avoir extrait les principales thématiques développées par l’auteur, je proposerai ma réflexion.
Les deux arguments majeurs servent une critique de la pratique actuelle de la démocratie, M. Bellon juge que la démocratie doit servir d’espace à l’expression des conflits sociaux et que depuis quelques décennies nous assistons à un recul philosophique : peuple, nation, souveraineté, ces composantes sont dénaturées ou connotées péjorativement. Deux systèmes politiques s’opposent alors : la démocratie, empreinte d’une philosophie traditionnelle et la démocratie »apaisée », ainsi qualifiée par ce qu’il appelle la pensée moderne et orientée vers la recherche du consensus. Dans cette dichotomie, l’analyse comparative se fait au prisme du suffrage universel direct, les modes d’utilisation de cet outil sont pour l’auteur un critère déterminant pour la définition du régime. Il met en garde des risques existants, déjà expérimentés par le passé : s’il n’y avait pas de réorientation dans la pratique démocratique, dans les instances nationales et communautaires, cela pourrait conduire à l’impossibilité d’expression politique du fait de l’absence d’un espace dédié et donnerait lieu à des conditions favorables à une expression par la violence et l’affrontement de rue ; ensuite l’absence d’espace d’expression politique dédié relèguerait le citoyen au rang de lobby, si tant est qu’il se constitue en groupe d’intérêt. Son analyse prend appui sur une série d’exemples tirés de l’histoire politique française et européenne.
Sur la démocratie et son paradigme
La définition qui présente la démocratie comme un lieu privilégié pour l’expression des conflits sociaux et nécessaire pour trancher les questions qu’ils soulèvent, est pour moi claire et juste. Je partage également le constat de M. Bellon sur la désuétude caractéristique des composantes de la démocratie, mais je nuancerai les propos en ajoutant qu’il faut faire entrer la sociologie et le citoyen dans l’étude de ces phénomènes : quelle est la part de responsabilité entre présentation philosophique des composantes démocratiques et conscience politique du citoyen et de sa place dans le système ? La conscience est le fruit d’évolutions dans les pratiques du pouvoir mais repose aussi sur des choix de société, des choix d’individu.
Deux concepts de la démocratie ?
Lorsque l’auteur évoque les risques que comportent la recherche exclusive de consensus au point de mépriser la valeur sociale et politique d’un conflit, je dis que le consensus ne doit pas dominer le combat social, mais il ne faudrait pas inverser les places : la question importante n’est pas la place hiérarchique de l’un par rapport à l’autre mais le rôle et les objectifs de chacun. Je pense que le consensus est essentiel et que l’utiliser avec prudence c’est la garantie d’avoir un horizon et une technique d’échange sans pour autant priver les conflits de s’exprimer sainement. Il y a des possibles : la juste mesure, le respect des parties et l’ouverture d’esprit.
Les dévoiements que pointe l’auteur nous renvoient à un débat de fond, concernant la conception de la politique. Aujourd’hui, la démocratie a été consacrée comme le principe tendant vers le régime le plus vertueux, où l’économie est un facteur de paix civile au même titre que la sécurité de l’État protecteur. La philosophie politique libérale dans son approche de la politique et du libéralisme conduit à terme à n’envisager la politique qu’à l’image d’une science, un ensemble de techniques plutôt qu’un art. Ce dévoiement est bien plus insidieux que la recherche de consensus, je serai même tenté de penser que cette « quête » du consensus découle de l’émancipation de la pratique par rapport à la philosophie.
Quant à la crainte de voir le peuple se réduire à un simple lobby il faut reconnaître que des mouvements associatifs ont déjà concrétisés cela, après observation des groupes d’intérêts existants et surtout des victoires remportées. Alors, certes c’est un signe du rabaissement de la place du citoyen dans la vie politique, mais est-ce pour autant une raison de s’en tenir à la critique ou mieux vaut-il agir avec les « nouvelles armes » qui ont fait leurs preuves et qui assureraient aux citoyens un espace d’expression ? Je pense qu’il ne faut pas rester dans le dénigrement, on ne peut refaire le monde, il faut savoir faire évoluer les méthodes du combat social.
Sur la critique de l’union européenne
Le gouvernement de l’Europe manque certainement de démocratie, mais je ne répondrai à cela qu’il n’y aura rien de nouveau tant qu’il n’y aura pas une Europe politique.
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